Christopher Fomunyoh, expert du NDI "LES ACTEURS POLITIQUES IVOIRIENS MANQUENT DE VOLONTE"

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Videl Kouadio

NDI
 

Le directeur Afrique du National Democratic Institute (NDI), structure am’ricaine qui travaille sur les processus de d’mocratisation dans les pays sous-d’velopp's, a s’journ“ durant quelques jours en C’te d'Ivoire. Christopher Fomunyoh, dans cet entretien, fait le bilan de l'assistance de sa structure ” la r’solution de la crise ivoirienne. Malgr“ la paralysie actuelle du processus de paix, il exprime son optimisme de voir la C’te d'Ivoire retrouver la paix et la stabilit“.

Quel est l'objet de votre s’jour en C’te d'Ivoire? Je suis venu soutenir l'action de mes coll’gues sur le terrain. Etant donn“ que le NDI a une antenne ” Abidjan, depuis plusieurs mois. Nous travaillons avec l'ensemble des partis politiques signataires des accords de Linas-Marcoussis, dans le cadre du processus de r’conciliation nationale. Il s'agit ”galement de voir dans quelle mesure nous pouvons ”largir le champ d'intervention du NDI dans ce pays. Malgr“ la pr’sence de votre structure en 2000, la C’te d'Ivoire conna't de graves violations des droits de l'homme. A la veille des ”ch’ances de 2005, quelles le’ons avez-vous tir’es de votre premi're mission en C’te d'Ivoire? Effectivement, lors de la premi're phase de notre engagement en C’te d'Ivoire en 2000, nous avons partag“ notre exp’rience. Avec l'ensemble des acteurs politiques. Je rappellerai, par exemple, la mission d'”tude en Afrique du sud avec 17 responsables de partis politiques ivoiriens. Beaucoup d'Ivoiriens avaient pens“ que cette initiative allait porter de bons fruits. Peu apr's, le pays avait connu une situation apais’e. Pendant laquelle on a cru que toutes les difficult's, n’es de la transition militaire, ”taient r’solues. Mais, h’las! Cependant, compte tenu de l'importance de ce pays dans la sous-r’gion, nous sommes toujours pr't ” partager notre expertise, chaque fois qu'elle est sollicit’e. Cette fois, avec la bonne volont“ des uns et des autres, nous esp’rons travailler, avec tous, dans le processus de r’conciliation nationale et de la mise en application des accords de Linas-Marcoussis. Pour le retour de la paix en C’te d'Ivoire. Justement, ” propos de ces accords, les diff’rentes parties ivoiriennes semblent ne pas pouvoir accorder leurs violons dans leur mise en oeuvre... Nous pensons que ces accords posent les bases d'une r’conciliation v’ritable en C’te d'Ivoire. C'est vrai quand un pays a connu une situation de crise aigu“, des accords de paix, seuls, ne suffisent pas. Il faudrait qu'ils soient accompagn's d'une volont“ r’elle de toutes les parties d'aller ” la r’conciliation. Et, malheureusement, c'est cette volont“ qui fait actuellement d’faut en C’te d'Ivoire. Dans ce cas, les accords de Linas-Marcoussis demeurent-ils encore une voie de sortie de crise? Malgr“ tout, c'est notre conviction. Des dispositions de cet accord sont en train d'”tre mis en oeuvre. Tout le monde se rend m’me compte que si ces accords avaient ”t“ appliqu's, de fa’on sinc're, ils auraient pu ramener, assez vite, une r’conciliation v’ritable et une paix durable. Si le NDI revient en C’te d'Ivoire, c'est parce qu'il est persuad“ qu'en travaillant avec toutes les parties, il est possible d'amener les uns et les autres ” mettre l'int’r't national au-devant des n’gociations. Au lieu de privil’gier les int’r“ts personnels. Dans la situation actuelle de paralysie du processus de paix, quel bilan faites-vous de l'action de votre institut? Depuis quelque neuf mois, nous avons pu travailler avec l'ensemble des parties signataires des accords de Linas-Marcoussis. Qui soutiennent nos activit's et nous encouragent ” ”largir nos actions. Eux aussi croient que l'action du NDI peut porter des fruits. M’me si nous n'avons pu effectuer l'ensemble de nos activit's, notamment ” l'int’rieur du pays, nous sommes satisfaits du fait que tous les acteurs de la crise continuent ” solliciter notre assistance. Et nous sommes d’termin's ” accompagner les Ivoiriens dans la recherche de la paix et de la r’conciliation. Face au blocage du processus de paix, quel est votre sentiment? Il ne faut pas d’sesp’rer quand on travaille dans le domaine de la d’mocratisation en Afrique. Les processus de d’mocratisation ne connaissent pas une trajectoire lin’aire. Il y a toujours des moments difficiles. Mais, si la volont“ politique y est, le pays finit toujours par s'en sortir. En ce qui concerne la C’te d'Ivoire, je reste optimiste. Car, dans les discussions avec les hommes et femmes que rencontre, je me rends compte que les Ivoiriens aspirent ” vivre en paix, dans une soci't“ d’mocratique qui accepte le pardon et la tol’rance. Comme la C’te d'Ivoire, le Cameroun votre pays d'origine va bient't conna’tre une p’riode ”lectorale. Le NDI envisage-t-il d'y ouvrir une antenne? Compte tenu de l'exp’rience que le NDI a v’cue en 1992, il serait tr's difficile pour cette institution de s'investir de nouveau au Cameroun, ” l'occasion de la pr’sidentielle de cette fin d'ann’e 2004. Mais, en tant que Camerounais qui a beaucoup d'espoir dans l'avenir de son pays, je ferai tout pour apporter, de fa’on personnelle, ma contribution au processus de d’mocratisation dans mon pays. S'agissant de 1992, qu'est-ce qui a offusqu“ votre structure, au point qu'elle d’cide de ne plus y remettre les pieds? En 1992, nous avons travaill“ avec l'ensemble des acteurs politiques camerounais. Pour former les d’l“gu's des partis politiques, en mati're d'observation des ”lections. Nous avons ensuite, ” l'occasion du scrutin pr’sidentiel de cette ann’e, envoy“ une d’l“gation d'observateurs internationaux. Cette d’l“gation a fait des critiques sur le mauvais fonctionnement du syst’me ”lectoral. Mais, a surtout fait des recommandations sur les conditions d'am’lioration du processus ”lectoral. Malheureusement, 12 ans apr's, on se rend compte qu'aucune des recommandations faites n'a ”t“ appliqu’e. Entre-temps, lors des scrutins qui ont suivi, les m’mes irr’gularit's et insuffisances ont ”t“ reproduites. Or, si les pertinentes recommandations du NDI avaient ”t“ mises en oeuvre, le syst’me ”lectoral rencontrerait, aujourd'hui, l'acceptation de la majorit“ des Camerounais. Le Cameroun est donc boycott“ par le NDI pour grave d’ficit d’mocratique? Le Cameroun n'est pas ” sa place, pour ce qui est du processus de d’mocratisation en Afrique. Ce pays ne figure pas parmi les 10 pays africains qui ont enregistr“ des avanc’es dans ce domaine. Ce qui n'est pas normal. Car, ce pays dispose d'importantes potentialit's. Qui le pr’disposent, dans tous les domaines, ” jouer un r’le de locomotive en Afrique centrale. Quelle sont les conditions du retour du NDI au Cameroun? Il faut d’j“ que les autorit's se d’cident ” mettre en place un syst’me ”lectoral fiable, accept“ par les diff’rents acteurs politiques. Ici, en C’te d'Ivoire, par exemple, il a ”t“ mis en place une Commission ”lectorale ind’pendante (CEI). Tout comme au Mali, au B’nin... o“ toutes ces structures fonctionnent. Il faut ”galement cr’er les conditions pour mettre ”lecteurs et acteurs politiques en confiance. je veux parler notamment du vote ” 18 ans, du bulletin unique, des urnes transparentes. Tant que ce syst’me ”lectoral qui rassure ne sera pas mis en place, les gens vont se d’courager, les taux de participation vont continuer ” chuter. Ce va donner lieu ” des ”lections sans impact r’el. Et en fin de compte, ce d’ficit d’mocratique pourrait d’velopper des situations conflictuelles.