Christopher Fomunyoh : ” Amadou Ahidjo m’rite mieux que ”a ! ”

Amadou Ahidjo featured photo

Cameroonvoice : Christopher Fomunyoh bonsoir nous sommes tr's heureux de parler avec vous ici ” Turin. Qu’est ce qui vous am’ne en Italie ? Il n’a pas de probl’me de d’mocratie ici !

Christopher Fomunyoh : je suis ici dans le cadre d’un colloque organis“ par l’Institut des Affaires Internationales, une structure bas’e ici en Italie et qui voudrait, en partenariat avec le NDI (National Democratic Institut) et l’Institut des Etudes Europ’ennes bas’e ” Bruxelles, travailler dans le cadre du soutien ” la stabilit“ et au d’veloppement du continent africain. Justement ce colloque va porter sur la stabilit“ et le d’veloppement de l’Afrique, avec une ”tude des cas pratiques, en rapport avec ce qui se passe dans un certain nombre de pays. Le colloque va regrouper des experts d’Afrique, d’Europe et des autres continents dans le but de r’fl’chir sur les derniers d’veloppements en Afrique.

Cameroonvoice : le fond de l’action du NDI est d’encourager la bonne gouvernance et de favoriser l’alternance ” la t’te des Etats. N“”tes,-vous pas mal ” l’aise, vous en temps que camerounais, de parler d’alternance politique aux autres alors que Paul Biya est au pouvoir depuis 32 ans ?

Christopher Fomunyoh : effectivement, je trouve cela g’nant chaque fois que la question m’est pos’e dans d’autres pays africains. La question revient toujours de savoir ce qui se passe au Cameroun. J’essaye d’expliquer mais j’avoue que c’est g’nant, parce que le Cameroun n’occupe pas la place qu’il devait occuper. J’aurais souhait“ en temps que camerounais que mon pays soit dans le continent, le pays phare en ce qui concerne la d’mocratie et de la bonne gouvernance. Mais comme ce n’est pas le cas, je suis parfois oblig“ de trouver des excuses qui ne tiennent pas. Je pense que tous les camerounais devraient ”uvrer pour donner ” notre pays la place qui lui revient.

Cameroonvoice : revenons sur l’actualit“ africaine avec le XV’me sommet de la francophonie de Dakar qui vient de se choisir un nouveau chef, en la personne de la canadienne d’origine Ha’tienne Micha’lle Jean. Qu’est ce que la francophonie apporte ” l’Afrique francophone ?

Christopher Fomunyoh : je pense que l’un des avantages de la francophonie c’est cette solidarit“ de langue et de culture, qui font que les pays n“”voluent pas isol's. Il y a des avantages lorsqu’on ”volue ensemble et lorsqu’on partage certaines valeurs. La Francophone a toujours son utilit“. Je crois aussi que la Francophonie devrait s’adapter ” l“”volution du monde qui est tr's rapide. Une entreprise comme celle-l“ qui se base uniquement sur la solidarit“ culturelle sans tenir compte des besoins r’els de la nouvelle g’n“ration d’africains risque ne pas ”tre en phase avec le monde d’aujourd’hui. Je me r’jouis du fait qu’en 2005 et 2006, la Francophonie avait adopt“ la d’claration de Bamako qui pr’nait la bonne gouvernance et des ”lections cr’dibles dans le monde francophone. Cette d’claration n’a malheureusement pas ”t“ suivie par des prises de position nettes et claires, ce qui fait que la plupart des pays en difficult“ aujourd’hui sur le continent africain sont des pays francophones. Je vois ”merger de la conf’rence de Dakar une d’termination ” se mettre ” jour et un d’sir d’appuyer les jeunes g’n“rations d’africains qui aspirent ” ”tre gouvern's autrement.

Si la Francophone se met dans cette optique, je pense qu’elle retrouvera la place qui est la sienne dans le d’veloppement des grands ensembles. C’est de cette fa’on seulement que la Francophonie retrouvera toute son utilit“ et tout son bon sens aupr's des jeunes africains.

Cameroonvoice : Il y a quelques semaines seulement, la rue au Burkina a eu raison de l’ancien pr’sident Blaise Compaor“ qui ”tait rest“ au pouvoir pendant 27 ans. D’abord quelle est votre appr’ciation sur les ”v’nements qui se sont pr’cipit's ” Ouagadougou et puis quel est votre avis sur le fait pour les dirigeants en exercice de modifier les constitutions pour s“”terniser au pouvoir ? un d’bat qui a cours en ce moment en Afrique.

Christopher Fomunyoh : j’ai un avis tr's favorable sur ce qui a ”t“ fait par le peuple bourkinab“. Le Bourkina Faso c’est ” le pays des hommes int’gres ” et le peuple bourkinab“ a une fois de plus d’montr“ son attachement ” l’histoire . Voir plus d’un million de personnes descendre dans la rue sous une temp’rature de plus 40 degr's au Sahel pour s’opposer ” la modification de la constitution est un message tr's fort, qui a malheureusement ”chapp“ ” Blaise Compaor“. Etait-ce ” cause de l’usure du pouvoir ? il aurait d“ saisir le message plus t't qu’il serait encore au pouvoir aujourd’hui. Les manifestants au d’but demandaient juste qu’il ne puisse plus se pr’senter ” la pr’sidentielle dans un an ” la fin de son mandat. Il a mal jou“, il a perdu et je pense que cela devrait servie de le’on ” certain leader politiques africains qui cherchent co’te que co’te ” se maintenir au pouvoir. Il faut savoir que la jeune g’n“ration d’africains aspire ” ”tre gouvern’e autrement. Les gens aspirent ” ce que les constitutions soient respect’es, qu’il y ait alternance et qu’il y ait un renouvellement de la classe dirigeante. C’est ” travers ce renouvellement qu’on pourra valoriser la diversit“ des talents qui existent dans le continent. Il faut capitaliser les comp’tences des autres citoyens qui ont quelque chose ” apporter ” la gouvernance de leur pays. Je crois que le message qui vient du Bourkina est un message tr's fort. Je regrette seulement que l’Afrique, apr's tout ce qu’elle a connu durant les deux derni’res d’cennies soit encore au stade o“ tel ou tel chef d’Etat ne veut pas quitter le pouvoir, ou tel ou tel chef d’Etat fait tout pour ne pas respecter la constitution de son propre pays. Cela me fait mal parce que les leader de ces pays veulent pousser leur peuple ” un ”ternel recommencement. Il faut tous les dix ans revenir sur leur mandat et mettre sur pied de nouvelles institutions. On ne peut pas se d’velopper avec cette approche et je pense que le message du Burkinava fera r’fl’chir par deux fois ceux qui voudraient se maintenir au pouvoir.

Cameroonvoice : on prend souvent l’exemple des pays comme la Libye du feu colonel Kadhafi et la Guin’e Equatoriale d’Obiang Nguema o“ les dirigeants, malgr“ leur long’vit“ au pouvoir travaillent pour l’int’r't de leur pays.

La long’vit“ au pouvoir est-elle forc’ment incompatible avec le d’veloppement ”conomique politique et social d’un pays ?

Christopher Fomunyoh : oui je le crois. Vous savez, ce d’bat n’est pas fait pour critiquer la gestion d’un homme. M’me dans le cas de Blaise Compaor“ , on reconnait malgr“ ses faiblesses qu’il a contribu“ de fa’on significative ” la r’solution des conflits dans la sous-r’gion d’Afrique de l’Ouest. Il aurait d“ capitaliser cet acquis pour l’guer ” la post’rit“. S’il avait par exemple pris l’initiative de cr’er un centre sous-r’gional de m’diation qui serait rattach“ ” l’universit“ de Ouagadougou, et qui serait un lieu de recherche pour les universitaires africains en qu’te des secrets de la m’thode Compaor“ dans la r’solution des conflits, il aurait laiss“ quelque chose de substantiel ” la post’rit“. Le monde entier l’aurait alors pris comme un vrai homme d’Etat qui aurait marque son passage ” la t’te de son pays. Il a dur“ et il a voulu trop durer. On peut bien travailler pendant qu’on est au pouvoir, mais il faut mettre sur pied des m’canismes pour faciliter l’alternance au pouvoir afin de capitaliser ce qui a ”t“ fait. On ne peut pas dans le monde d’aujourd’hui personnaliser la gestion du pouvoir politique parce que le jour o“ le pouvoir ”chappe ” cet individu, c’est tout le pays qui se retrouvera dans une situation difficile.

Cameroonvoice : ceux qui modifient la constitution vont vous r’torquer que c’est le peuple souverain qui devrait d’cider du nombre de mandats et qu’il peut d’cider que ceux-ci soient ind’termin's. Quelle est votre position par rapport ” cet argument ?

Christopher Fomunyoh : pour moi c’est un argument qui ne tient pas compte tr's souvent de la vrai expression de la volont“ du peuple. J’ai vu dans les ann’es 90 plus d’un chef d’Etat qui disait ”je suis l“ par la volont“ du peuple ”.

Lorsqu’on les a convaincu d’organiser des ”lections cr’dibles et transparentes, il les ont perdues. ”a veut dire que quand on donne aux africains la possibilit“ de s’exprimer, la majorit“ choisit le changement et le renouvellement de la classe politique.

Deuxi’mement, j’aimerais dire que lorsqu’on parle de renouvellement, ”a ne veut pas dire que le parti au pouvoir perd automatiquement le pouvoir au profit de l’opposition. On peut renouveler la classe dirigeante tout en gardant la majorit“ du parti dont la plate forme a ”t“ accept’e par les populations. Le probl’me est la personnalisation du pouvoir politique. Dans les pays o“ les chefs d’Etats pensent ainsi, il y a des militants ” l’int’rieur de leur parti qui ont une vision diff’rente et qui peuvent mieux g’rer les affaires pour l’avenir. Il y a pourtant dans l’histoire contemporaine de l’Afrique des exemples de chefs d’Etats qui ont c'd“ le pouvoir et qui apr's, sont devenus utiles pour leur pays et pour l’Afrique. On peut citer dans cette optique Senghor (S’n“gal), Nyerere (Tanzanie) et plus r’cemment Mandela. Mandela apr's un mandat a d’cid“ de c’der le pouvoir et apr's, l’Afrique du sud ” continu“ ” consolider les acquis de sa lutte pour la d’mocratie et la bonne gouvernance. Il y a des pr’sidents qui ont perdu les ”lections comme Abdou Diouf du S’n“gal ou Jerry Rawlings du Ghana qui ont perdu les ”lections et qui ont accept“ le verdict des urnes. Ils en sont sortis renforc's et ils ont gagn“ en respectabilit“. Ceux qui refusent de quitter le pouvoir devraient s’en inspirer.

Cameroonvoice : l’alternance ” la t’te des Etats dont vous parlez concerne-t-elle l’alternance ” la t’te des partis politiques ? ou alors l’alternance ” la t’te des partis politiques d’opposition peut-elle impulser une dynamique d’alternance ” la t’te des Etas ?

Christopher Fomunyoh : il va de soit et c’est ce qui rend le dialogue difficile entre le pouvoir et l’opposition au Cameroun. Lorsque vous parlez de l’alternance ” la t’te de l’Etat, on vous renvoie ” la long’vit“ des chefs des partis de l’opposition. Cela explique ” mon avis pourquoi une frange importante e notre population au Cameroun est d’connect’e de la politique. Il y a une certaine apathie. Les gens ne s’identifient ni au r’gime en place qui a mis tant d’ann’es au pouvoir, ni avec l’opposition qui, tout en critiquant le parti au pouvoir, agit presque de la m’me mani're. Les gens ne voient pas la diff’rence entre les deux bords et c’est quelque chose que nous devrons corriger pour l’avenir.

Cameroonvoice : vous ”tes le directeur Afrique du NDI, quelles sont les actions concr’tes men’es par votre organisation pour favoriser le processus d’mocratique en Afrique et pour encourager l’alternance ” la t’te des Etats.

Christopher Fomunyoh : notre travail varie selon les pays et selon les demandes que nous recevons des diff’rents acteurs politiques ou ceux de la soci't“ civile. Il faut savoir que notre travail est un travail d’accompagnement. Nous accompagnons ceux qui sont d’j“ sur le terrain et qui se battent au quotidien pour la d’mocratie et la bonne gouvernance. Notre travail consiste en une assistance technique qui va dans le sens de la formation, du renforcement des capacit's, des ”changes des meilleures pratiques. Au Bourkina Faso par exemple, ils sont en train de mettre sur pied une transition avec de nouveaux acteurs. Ceux-l“ auront besoin de conseils pour mener cette transition ” la mesure des attentes des burkinab's. Dans les ”changes avec eux, on pourra mettre ” leur disposition beaucoup d’informations sur la fa’on dont d’autres pays ont g’r“ ce genre de transition et les dispositions ” prendre pour que les ”lections de 2015 soient des ”lections cr’dibles. Dans un pays comme le Nigeria par exemple, nous sommes en train de travailler avec une coalition de plus de 400 organisations de la soci't“ civile pour que les ”lections de 2015 soient cr’dibles et transparentes et accept’es par tous. Ce travail va consister en une formation dans l’observation des ”lections et la mise en place d’une m’thodologie qui permettra une transmission en temps r’el des r’sultats des ”lections, de fa’on ” contr’ler le travail de la Commission Electorale Ind’pendante.

Dans d’autres pays comme le Niger, nous sommes en train de former les d’put's de l’Assembl’e Nationale afin de les permettre de mieux g’rer les richesses issues de l’exploitation des nombreuses ressources du sous sol. Nous les formons dans le domaine du contr’le parlementaire sur les actions du pouvoir ex’cutif dans le sens du renforcement des institutions d’mocratiques.

Notre assistance technique d’pend donc des besoins r’els de chaque pays en partenariat avec les acteurs sociaux et politiques de la place.

Cameroonvoice : selon vous, les mouvements islamistes comme Boko Haram, Aqmi et d’autres composantes de la n’buleuse djihadiste n’entravent-ils pas l’expression de la d’mocratie dans des pays comme le Nigeria, le Cameroun ou le Mali ?

Christopher Fomunyoh : le djihadisme est une menace r’elle pour les d’mocraties naissantes de notre continent. Nous avons vu ce qui s’est pass“ au Mali en 2012 lorsque les djihadistes ont fragilis“ le pouvoir politique ” Bamako, en s’attaquant au Nord du pays, provoquant la chute d’un gouvernement qui avait ”t“ d’mocratiquement ”lu. Aujourd’hui, Boko Haram est en train de semer la terreur au Nigeria. C’est un frein non seulement pour le Nigeria, mais aussi pour toute la sous-r’gion de l’Afrique de l’Ouest qui par le pass“ comptait sur le Nigeria pour la r’solution des conflits arm's. Le Nigeria est aujourd’hui tr's fragilis“. J’ai des inqui’tudes parce que le Nig’ria va dans quelque mois aller aux ”lections dans un contexte o“ trois Etats dans le Nord-est du pays sont sous l’influence de Boko Haram, o“ des bombes explosent dans des grandes villes comme Kano et des pays limitrophes comme le n’tre subissent des contrecoups de cette insurrection. Ce serait grave que ces mouvements perdurent parce qu’ils pourraient ” termes se coaliser avec d’autres mouvements djihadistes ” l“”chelle plan’taire, ce qui serait une source d’instabilit“ pour l’Afrique et pour d’autres continents.

Cameroonvoice : On sait que le NDI est tr's proche du parti d’mocrate de Barack Obama, qui vient de perdre les ”lections de mi-mandat aux Etats-Unis. Aujourd’hui, le s’nat et la chambre des repr’sentants sont aux mains des r’publicains.

Quel est votre sentiment apr's ce score du parti d’mocrate qui ”tait du reste attendu ?

Christopher Fomunyoh : C“”tait un coup de massue pour le pr’sident Barack Obama et pour les d’mocrates. Je pense que les deux prochaines ann’es lui seront politiquement difficiles. Quand m’me il avait la majorit“ au s’nat, il avait d’j“ la difficult“ de faire passer des projets de loi parce qu’ils devaient passer par le s’nat ” dominance r’publicaine m’me apr's l’approbation de la chambre des repr’sentants. Ce n’est pas exclu que les r’publicains, forts du contr’le des deux chambres se voient d’j“ ” la Maison Blanche et qu’ils d’cident de rendre la vie dure au pr’sident tant en politique int’rieure (politique en mati're de sant“) qu’en politique ext’rieure (politique au Moyen-Orient et en Afrique). Parlant de la politique africaine de Barack Obama, il faut dire qu’elle est d’cevante aux yeux des jeunes africains qui attendaient plus du premier pr’sident d’origine africaine de la premi're puissance du monde, les Etats ”Unis d’Am’rique.

Cameroonvoice : Est-il tr's t't pour parler du bilan de la politique africaine justement de Barack Obama ? Le premier sommet r’unissant les chefs d’Etat d’Afrique et des Etats-Unis vient de se tenir ” Washington, Quel est le bilan de la politique africaine de Brack Obama ?

Christopher Fomunyoh : On peut le faire. A ce sujet lui-m’me vous dira que le bilan est mitig“. Parce que son ”lection comme je le disais plus haut ”tait un message tr's fort qui avait suscit“ beaucoup d’attentes. Il a aussi pos“ beaucoup d’actes comme le sommet US-Africa qui est le premier du genre entre les Etats-Unis et l’Afrique. S’il venait ” perdurer, ce sommet pourrait permettre une coop’ration beaucoup plus fructueuse entre notre continent et les Etats-Unis. Il a pos“ d’autres actes comme ” Power Africa ”, il a continu“ ” soutenir la politique sanitaire qui avait ”t“ mise en place par Bush pour lutter contre le VIH SIDA et les autres maladies. Bref dans certains domaines, il a pos“ des actes qui comptent. En m’me temps, je croix que lui-m’me vous dira qu’il aurait bien voulu faire davantage. Quand on compare ce qu’il a fait en 6 ans par rapport ” ce que ces pr'd’cesseurs avaient fait, on remarque que les r’alisations de ses pr'd’cesseurs sont plus nombreuses.

Cameroonvoice : vous ”tes vous-m’mes l’initiateur de l’ASI ( African statesmen initiative). Vous proposiez ” travers cette initiative un recyclage de ?s chefs d’Etats dans les activit's humanitaires apr's leur carri're ” la t’te des Etats. Qu’est devenu l’ASI ?

Christopher Fomunyoh : l’initiative est n’e d’un constat que j’avais fait au d’but des ann’es 2000. J“”voquais toujours dans mes entretiens avec certains chefs d’Etat la question de l’alternance au pouvoir. Et la question qu’ils me retournaient toujours ”tait celle de savoir la vie qu’un ancien chef d’Etat pouvait mener sur le continent. Il fallait donner une r’ponse concr’te ” cette question. Nous avions donc r’ussi a r’unir en 2005 ” Bamako 17 anciens chefs d’Etats pour r’fl’chir sur la probl’matique de la vie apr's la pr’sidence de la R’publique. Nous avons r’fl’chi avec ces anciens pr’sidents pourquoi certains dirigeants facilitent l’alternance au pouvoir et d’autres pas et comment ceux qui ont une certaine respectabilit“, qui ont bien g’r“ leur pays, peuvent continuer ” apporter une contribution dans la r’solution des conflits en Afrique. L’une des conclusions de cet ” Africa Statesmen Initiative ” ”tait qu’il y a beaucoup de domaines dans lesquels les anciens chefs d’Etat, profitant de leur cr’dibilit“ pouvaient servir de m’diateur dans la r’solution des conflits arm's ou des conflits int’rieurs. Ils peuvent intervenir sur des questions sanitaires et sur pas mal d’autres domaines. Apr's ce sommet, on a vu beaucoup d’anciens chefs d’Etas se faire nommer comme envoy's sp’ciaux pour le r’glement de diff’rents conflits. On a vu Thabo Mbeki (Afrique du Sud) ou Abdou Salami Aboubacar (Nigeria) ”tre d’sign's pour le Soudan, on a vu Obassandjo ”tre d’sign“ pour la R’publique D’mocratique du Congo, Jerry Rawlings aller en Somalie, on a vu Chissano jouer un r’le de m’diateur. Subitement, on a vu ces anciens chefs d’Etat qui ne faisaient plus rien, jouer un r’le. Le message est pass“ aux autres, qu’il y a une vie apr's la pr’sidence et qu’on peut toujours se rendre plus utile ” son pays ou au continent ” une ”chelle plus large.

Je pense que la rencontre de Bamako a ”t“ un d’clic parce que les anciens chefs d’Etat africains ont constitu“ un comit“ copr’sid“ par Joaquim Chissano (Mozambique) et Nic’phore Soglo (B’nin). Ce comit“ avait pour but d’encourager les anciens chefs d’Etats ” continuer ” ”tre actifs dans le domaine de l’humanitaire. Comme les anciens chefs d’Etats se sont appropri“ l’initiative, le NDI s’est mis en retrait en disant ” lorsqu’ils auront besoin de nous, nous irons les accompagner ”.

Cameroonvoice : il y a 25 ans, Amadou Ahidjo le premier pr’sident Camerounais mourrait ” Dakar dans l’indiff’rence g’n“ralis’e. Aujourd’hui encore , ses restes ne sont toujours pas rapatri's.

Qu’est-ce que cela vous fait en temps que camerounais de savoir que le gouvernement et la famille Ahidjo et notamment sa veuve, se rejettent toujours la responsabilit“ du retour au bercail des restes de l’anciens pr’sident ?

Le retour des restes de l’ancien pr’sident de l’ancien pr’sident est-il une affaire d’Etat ?

Christopher Fomunyoh : je suis tr's pein“ par le sort qui est r’serv“ ” l’ancien pr’sident qui plus est, est le premier pr’sident de notre pays. Je suis all“ visiter sa tombe de passage ” Dakar il y a quelques ann’es. C“”tait pour lui rendre hommage comme c’est requis dans nos traditions. J’estime que pour quelqu’un qui a g’r“ le Cameroun pendant plus de deux d’cennies, qui a contribu“ ” forger l’histoire de notre pays, pour quelqu’un qui a pos“ des actes qui ont touch“ des millions de camerounais pendant qu’il ”tait au pouvoir, Amadou Ahidjo m’rite mieux que ”a . je ne pense pas que ce soit une affaire de famille. C’est une affaire qui concerne notre pays et c’est une affaire qui devrait ”tre g’r“e comme une affaire d’Etat. Nous devons apprendre en temps que camerounais ” nous r’concilier les uns avec les autres. Il ne faudrait pas que nous restions dans une logique de r’glement de comptes de comptes, qui affecte m’me les personnalit's au sommet de l’Etat. N’oublions pas que la plupart de ceux qui ont lutt“ pour notre ind’pendance ont ”t“ enterr's dans l’anonymat ou sont morts ” l’ext’rieur, sans que leurs corps aient ”t“ rapatri's . il va falloir que nous r’fl’chissions sur les moyens de remettre la r’conciliation au c’ur de l’action politique au Cameroun, pour le meilleur de l’avenir de notre pays. Je pense que le rapatriement des restes d’Amadou Ahidjo sera un bon d’but dans le sens de la r’conciliation, qui nous permettra de vivre comme les fils et les filles d’un m’me pays.

Cameroonvoice : Christopher Fomunoh, on vous a pr't“ en 2011 l’intention de vouloir vous pr’senter contre Paul Biya ” la pr’sidentielle.

Caressez-vous la m’me intention pour 2018 ? Qu’est ce qui vous fait croire si votre intention ”tait confirm’e que vous pouvez valablement briguer ce poste ?

Christopher Fomunyoh : je crois que je cumule une certaine expertise et une certaine exp’rience qui me permettrait d’apporter une contribution au d’veloppement politique, ”conomique et sociale de mon pays . je suis pr't ” apporter cette contribution ” quelque niveau que ce soit. Pour moi etre pr’sident de la R’publique n’est pas une fin en soit. Je peux porter ma contribution comme simple citoyen et j’estime qu’elle pourra compter comme celle de tout le monde. je me mets donc ” disposition sans tenir compte de la position. Je pense que dans la vie d’un pays quatre ans c’est long, beaucoup de choses peuvent se passer.

J’encourage des gens ” avoir des ambitions pour le pays et c’est seulement de cette fa’on que nous pourrons relever notre pays. Je remercie ceux qui croient en moi et ceux qui continuent ” m’encourager, ceux qui continuent ” penser que je pourrai apporter une contribution. Je les remercie d’autant plus que le moment venu, nous le ferons ensemble, sans que je ne sois forc’ment le b’n“ficiaire principal d’un scrutin pr’sidentiel ou autre.

Cameroonvoice : Plus clairement seriez-vous candidat en 2018 ?

Christopher Fomunyoh : je crois que c’est tr's hypoth’tique. Ce serait mieux d’attendre 2018 pour voir l“”tat de notre pays, pour voir le contexte politique d’alors et seulement nous pourrions en reparler.

Cameroonvoice : ce n’est pas exclu quand m’me

Christopher Fomunyoh : je pense que tous les camerounais qui ont une contribution ” apporter ” notre pays doivent le faire. En temps que pays qui aspire ” la d’mocratie, je pense que des espaces seront cr’es pour que tous ceux qui ont des contributions ” apporter puissent le faire en toute libert“.

Cameroonvoice : vous qui supervisez tant d“”lections en Afrique, pensez-vous qu’ELECAM soit suffisamment libre pour organiser des ”lections cr’dibles et transparentes au Cameroun?

Christopher Fomunyoh : j’ai eu ” critiquer ELECAM depuis sa mise en place. Je pense que mes critiques sont connues. Aujourd’hui, m’me le pr’sident du conseil d’administration d’ELECAM a port“ des critiques tr's dures contre la direction g’n“rale, ”a veut dire qu’il y a encore du chemin ” faire pour que cette structure puisse b’n“ficier de la confiance de la vaste majorit“ des camerounais.

Propos recueillis par Jolibeau Koube